cinq


“Retour aux sources” :
Le vêtement comme dispositif critique





“Revenir à nos racines profondes.

Non comme on replie une carte, 

                                                          mais comme on rouvre une source.



Un retour aux sources pour les consciences,
vers de nouveaux paradigmes qui ne promettent pas l’ordre,
mais une attention plus vaste, plus sensible, plus vivante.



                                                                                                                    Transmuter,

comme la chrysalide d’un papillon
.


Une transformation sacrée, presque mystique.
Une mutation dans l’écriture, dans la partition,




 comme si chaque phrase changeait d’état, 

passait du plan au souffle, 

du concept au corps.




En embrassant cette vision, nous pouvons contribuer à opérer le
changement

non pas depuis une posture extérieure,

mais en nous ressentant reliés au monde vivant, 

au monde sensible, à ce qui palpite et résiste.





Mais alors, qu’est-ce qu’un espace pour le design vestimentaire aujourd’hui ?
Un atelier, oui mais aussi une scène, un laboratoire, un lieu d’écoute et d’essais. 

Et comment cette nouvelle vague d’innovation peut-elle aller au-delà de la simple addition de technologies ...

...intelligence artificielle, blockchain, machines, nouveaux dispositifs, scénographie, danse ?



Remodeler l’industrie ne se réduira pas à “intégrer” des outils,

ce sera un projet coopératif. 





Une co-création avec des machines et des agents, où la collaboration, 

l’interaction et les boucles de retour ...

                   entre corps,
                   matières, 
                      données, 
                    gestes

deviennent le cœur même 
du processus créatif.




Il y aurait non pas “l’outil” d’un côté et “l’artiste” de l’autre,

mais une chorégraphie de décisions, d’essais, d’erreurs,

un dialogue entre matières, données, corps, lumière.



Alors les vêtements cessent d’être des produits,

ils deviennent des voyants, des catalyseurs.

Ils déplacent le regard.

Ils nous obligent à réapprendre le toucher,

à reconsidérer ce que signifie “porter”,

à comprendre que l’étrangeté n’est pas un défaut

mais une méthode de connaissance.

L’étrangeté, la transformation, la critique,

voilà le noyau.

Incarner, imaginer de nouvelles fictions

pour construire nos lendemains.





Et moi, en tant qu’artiste, je m’insère dans le mouvement du Strange design.

Je repousse des modalités d’existence pour les créateurs,
designers, artistes,
non pour fuir le réel,
mais pour l’augmenter de possibles.

Comme un cri d’espoir,
une révolution par les objets mêmes,
par ce qui ressort de l’étrange.



Dessiner, designer, redessiner,
une nouvelle cartographie des mondes.
Faire un pas de côté.
Changer de perspective, changer d’optique,
sonder le devenir que portent les objets en eux…
leurs promesses, leurs violences, leurs rêves mal rangés.

Réévaluer nos pratiques et nos concepts.
Défier les affirmations rapides, les préjugés, les lieux communs
sur le rôle du produit dans la vie de tous les jours.


Tisser un réseau aux polarités multiples, des formes de vie.
Sortir d’un schéma de catégorisation,
d’une uniformisation du monde.

Car la mode est en constant renouvellement, oui,
mais trop souvent un renouvellement qui tourne en rond,
une variation sur la même fatigue.



Il faut alors “shooter” les frontières, les fissurer, les traverser.
Travailler sur la porosité entre les arts,
habiter les frontières entre les disciplines,
sortir d’une vision linéaire et raisonnée,
raisonner par récits, par narrations,
dans les comportements des humains et des non-humains.
Promouvoir l’échange, laisser des réalisations agir,
déplacer les recherches, inventer de nouveaux supports,
ouvrir une friche, un terrain vivant d’expérimentation,
une approche sensible aux objets.
Un processus de recherche porté par des designers,
mais offert comme un espace commun.


Et dans le sillage de figures comme Victor Papanek,
qui critiquait la société de consommation écrite par le design industriel,
le Strange design introduit une fonction artistique et critique.
il ne décore pas le monde, il le questionne.
Il ne rassure pas, il réveille.









Alors oui il faut renouer
avec les forces cosmiques de ce monde.
Non pas pour fuir la terre,
mais pour l’habiter plus profondément,
dans la poussière d’étoiles des matières,
dans la gravité des gestes,
dans la lune des cycles,
dans le soleil des regards,
jusqu’à sentir qu’un vêtement peut être une constellation,
et qu’une conscience, transmutée,
peut devenir un nouveau paradigme en marche.”
















Céline Shen